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Lutte contre la corruption au Mali : Avec IBK, l’impunité sélective règne

Lutte contre la corruption au Mali : Avec IBK, l’impunité sélective règne

Le mandat d’IBK a installé l’affairisme sans aucun scrupule au cœur même du pouvoir. 

La mauvaise gestion des fonds publics est l’une des raisons qui justifient les difficultés de trésorerie publique que vit le Mali. Pourtant, ces instruments et moyens de lutte pour l’assainissement des finances publiques ne manquent pas de soins ; du moins en apparence… C’est peut-être la volonté politique des gouvernants  qui fait défaut. La chose est d’autant plus vraie que le parlement n’a pas pu s’empêcher d’interpeller le gouvernement, au sujet de l’achat de l’avion présidentiel et du marché de matériels militaires. S’y ajoute, l’appel de la société civile quant aux sanctions à prendre, suites aux rapports d’audits de la Cour Suprême et du Vérificateur Général sur ces deux marchés exécutés en 2014. Estimés à 20 milliards de francs CFA pour l’achat du jet présidentiel et  69 milliards, avec à l’appui, une surfacturation de 29 milliards pour le marché de matériels militaires, les  conditions d’octroi de ces deux marchés relancent le débat sur les scandales financiers en nombre croissant, sous le régime IBK. Ensuite, vient aujourd’hui, au devant de la scène, l’achat des hélicoptères cloués au sol dans le cadre de la mise en œuvre de la loi d’orientation et de programmation militaire 2015-2016.

Des scandales inédits

Pays du Sahel aux ressources très limitées, le Mali continue de traîner les pas dans les classements Doing Business, Tranparency International… Ce qui lui a d’ailleurs valu, la suspension de l’aide budgétaire des partenaires. Pourtant, les responsables à divers niveaux de l’appareil étatique du pays semblent ne pas prendre conscience des méfaits des pratiques malsaines auxquelles ils s’adonnent dans la gestion des fonds publics dont ils ont la charge. D’où un chapelet de scandales au sommet de l’État pendant ces 6 ans de mandat d’IBK et avec pour unité de mesure,  des milliards. 

Les affaires de corruption – celles de la surfacturation de 29 milliards de francs CFA dans le marché de matériels militaires en 2014 et de la fraude dans l’achat de l’avion présidentiel en particulier – mettant en cause de hauts cadres  du régime ont soudainement disparu ou presque  de la chronique judiciaire Bamakoise. «Le traitement judiciaire de ces affaires au Mali est pratiquement à l’arrêt », assène l’opposition à chaque fois qu’elle en a l’occasion.

Depuis le 14 octobre 2014, le Procureur de la Cour d’Appel de Bamako, a demandé l’ouverture d’une enquête préliminaire sur les faits rapportés par l’audit de la Cour Suprême et du Vérificateur Général dans l’achat de l’avion présidentiel et du marché d’équipements militaires. Cette annonce faite par le Procureur  depuis 2014, n’est, à ce jour, pas encore exécutée. Un coup d’épée dans… la gestion du dénier public au Mali. Ces ex-ministres, (Mme Bouaré Filiy Sissoko ; Soumeylou Boubèye Maïga ; Mahamadou Camara et Moustapha Ben Barka) qui ont régné durant  une année, respectivement, sur le secteur des Finances, de l’Armée, de la Communication et de l’Investissement courent toujours. Ils coulent des jours tranquilles sans qu’aucune police ne vienne leur inquiéter.

Les accusations formulées dans les rapports d’enquête de la Cour Suprême et du Vérificateur Général, (avec des preuves irréfutables contre ces 4 ministres précités,  proches du Président IBK et membres du clan présidentiel), perçues comme une petite «révolution» dans les annales de la justice malienne, ont  tourné court. Le quart d’heure de «gloire» de la Justice malienne aura vécu…
Les juges, qui à un moment avaient «les mains libres», vite ont été rattrapés par les mœurs politico-judiciaires qui plombent le pouvoir judiciaire. Pour étouffer l’affaire de la fraude dans l’achat du jet présidentiel et de la surfacturation dans le marché de matériels militaires, des pressions auraient été exercées sur la justice afin d’annuler l’ouverture d’une enquête préliminaire (comme demandée par le Procureur  de l’époque de la Cour d’Appel de Bamako) sur les faits rapportés par la Cour Suprême et le Vérificateur  au prétexte du «Secret défense» dans l’exécution de ces marchés.

C’est le début de l’opération de sauvetage du «soldat Mustapha Ben Barka». Alors que la «guerre» faisait rage entre l’entourage du Président et la mouvance présidentiel, sur fond de crise de succession, des tentatives d’exfiltration de Ben Barka des dossiers de l’avion présidentiel et de matériels militaires étaient déjà engagées. Le  témoignage de certains cadres du clan présidentiel au moment de la mise en cause du ministre de l’Industrie et des Investissements (Ben Barka) dans les deux dossiers a révélé l’ampleur du chantage et du forcing politique contre la Justice. Pour les maliens avertis, la nomination de Moustapha Ben Barka comme Secrétaire général de la Présidence, au lendemain de la démission du gouvernement, consiste  à  extirper l’ancien ministre de l’Industrie et des Investissements de l’affaire du marché du jet présidentiel et de l’achat de matériels militaires, comme on extirpe un cheveu d’une pâte.

Le remaniement intervenu, à l’époque, après la publication des rapports de la Cour Suprême et du Vérificateur, Moustapha Ben Barka perd son poste dans le gouvernement, prélude à une mise en veilleuse d’un des grands scandales de corruption au début du premier mandat du président IBK. D’aucuns pensent que le mandat d’IBK est une impunité assurée pour les dignitaires du régime qui ont trempé dans la grande corruption.

Pourtant, il est établi qu’il fut un moment où Ben Barka Zeïd, frère de Lamine Ben Barka, l’époux de la sœur de Madame la Première Dame et père du jeune ministre Moustapha Ben Barka, s’occupait d’affréter les avions pour les voyages présidentiels. Et c’est certainement cette position, qui a fait qu’aujourd’hui, l’ancien ministre de l’Industrie et des Investissements, à l’époque ministre délégué des Finances, s’est  trouvé comme négociateur des marchés frappés par le sceau du « secret-défense ».

Quant à Mahamadou Camara, l’ex-Directeur de Cabinet du président de la République, devenu ministre de la communication, il est également cité dans ces dossiers d’achat de matériels militaires, du moins, au regard du contenu d’une correspondance : la lettre N°0001 en date du 03 novembre 2013. Voici la teneur de cette  note : «Je soussigné, M. Camara, Directeur de Cabinet du président de la République, certifie que Monsieur  Sidi Mohamed Kagnassy et toutes les sociétés qu’il représente sont mandatés par la présidence de la République du Mali pour traiter avec tout fournisseur ou intermédiaire que ce soit, des affaires d’équipement des Forces  de défense et de sécurité malienne. Fait pour valoir ce que de droit ».

Quant à l’ancien ministre de la Défense Soumeylou Boubèye Maïga  et l’ex-ministre de l’Économie et des Finances, Mme Bouaré Fily Sissoko, ils sont impliqués du début à la fin dans l’exécution des deux marchés. Mais après la publication des rapports d’enquêtes, ils s’en défendent sans convaincre.

Manque de volonté politique

Aujourd’hui, les dossiers de l’avion présidentiel et du marché de matériels militaires commencent fort bien de moisir dans les alvéoles sombres de la justice. Ainsi, l’opinion publique malienne est suspendue aux conditions des bailleurs de fonds, d’où peut probablement surgir la vérité. En occident, les partenaires financiers sont déterminés à demander des comptes à IBK par rapport à la suite à donner  aux dossiers de fraude au Mali. Les scandales de corruption qui ont rythmé la vie politique de 2014 à aujourd’hui dans notre pays ont dangereusement entamé la crédibilité de l’État. Alors que le déficit budgétaire mine le pays, le règne IBK installe l’affairisme sans aucun scrupule au cœur même du pouvoir.

L’économie malienne continue de saigner sous le coup de la mauvaise gestion, la corruption et autres formes de malversations financières, du fait  d’un manque de rigueur et surtout de volonté politique dont font montre les différents régimes qui se sont succédés jusque-là. Si le régime IBK a semblé manifester un intérêt particulier pour la lutte contre l’impunité au Mali, on peut bien remarquer que son engagement s’est limité aux beaux discours sans faits palpables et suffisamment concrets. À bien y voir, le manque de volonté politique du régime IBK se manifeste à trois niveaux majeurs. Primo, le gouvernement d’IBK sur ces deux cas de scandales financiers s’est inscrit dans la logique d’une tromperie qui consiste, soit à mettre sur place de fameuses commissions d’enquêtes, soit à commanditer des audits, sans leur donner de suite. Pour preuve, les maliens interpellent le gouvernement sur le traitement  réservé à l’audit de la Cour Suprême et du Vérificateur  général sur le marché de du jet présidentiel et de l’achat des matériels militaires. Secundo, il se note dans le comportement de l’Exécutif, comme une banalisation des instruments dont il dispose pour atteindre ses objectifs d’assainissement des Finances publiques. Ce qui peut se justifier non seulement par les misères faites aux organes de vérification financière, la négligence de certains rapports du Vérificateur… Tertio, le gouvernement fait montre d’une disparité ou d’une discrimination dans les sanctions infligées aux dirigeants, coupables de malversations financières diverses. Sinon, que dire du cas de l’ancien ministre Moustapha Ben Barka et de Boubèye qui sont impliqué dans l’achat de l’avion présidentiel et du marché d’équipements militaires. Au contraire, ils ont été promus, respectivement, au poste de Secrétaire général de la Présidence et de Premier Ministre…  À  moins de donner raison à ceux qui disent que des considérations d’appartenance familiale s’y sont mêlées.

En un mot, l’impunité s’érige en mode de gestion au sommet de l’État malien et dans toutes les structures décentralisées de l’État. Pour conjurer le mal, IBK devra accepter de rendre justice aux contribuables maliens.

Il y a plus d’une dizaine de personnes, encore présumées coupables ou dont la culpabilisation est déjà établie, se retrouvent aujourd’hui, aux affaires. Le Chef de l’État est bien au courant. Une croix est ainsi mise sur la moralisation de la vie publique au Mali. C’est vrai qu’il peut y avoir des procès par erreur. Mais, ce qui retient l’attention des populations c’est la bataille enclenchée par le premier magistrat du pays contre les maux qui gangrènent la société. Une bataille qui, aujourd’hui, ne vise que ceux qui ne parlent pas le même langage que son gouvernement. La détention du président de l’APCAM, M. Bakary Togola, à la Maison Centrale d’Arrêt  (MCA) de Bamako  est l’illustration parfaite.
Dans un autre registre, on note également une autre complicité. Il s’agit des personnes épinglées dans les Rapports de la Cour Suprême et du Bureau du Vérificateur Général. De nombreux militants du parti au pouvoir (RPM) sont accusés de mauvaise gestion et de détournement des deniers publics, dans des affaires financières, matérielles ou autres et doivent répondre de leurs forfaits. Les mis en débet n’ont encore versé un copeck des sommes détournées jusqu’à ce jour. Au contraire, nombre d’entre eux bénéficient des promotions exceptionnelles dans l’administration publique. Comme ce fut le cas de l’ex-ministre, Moustapha Ben Barka, bombardé Secrétaire général de la présidence. Tout se passe comme dans les vieux temps. Tant pis pour ceux qui ne veulent pas composer avec le régime de la « famille d’abord ». Ils seront poursuivis dans tous les sens. Et ce n’est pas Bakary Togola et autres victimes des affres du régime d’IBK qui diront le contraire.

Jean Pierre James

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