vendredi , 22 octobre 2021
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A bâton rompu avec Ramata Diaouré, journaliste, membre du Conseil national de la Transition (CNT) : «L’extradition des ressortissants ne concerne pas les Maliens qui sont au Mali, ce n’est pas vrai ».

A bâton rompu avec Ramata Diaouré, journaliste, membre du Conseil national de la Transition (CNT) : «L’extradition des ressortissants ne concerne pas les Maliens qui sont au Mali, ce n’est pas vrai ».

 

La représentante des médias au CNT, Ramata Diaouré, s’exprime entre autres, sur leur combat pour les modifications à apporter à la loi sur la presse au Mali, la convention d’extradition entre le Mali et la France.  

Femmplus.net : En tant que représentante de la presse au CNT, quelles ont été vos premières impressions sur cette structure ?

Ramata Diaouré : Disons que nous sommes arrivés au CNT avec la fierté d’avoir été choisis par nos pairs, nous pouvons nous en vanter. Et on est vraiment attelerà la tâche. On s’est rendu compte que la chance qu’à le CNT, c’est qu’il y’a eu un rajeunissement des membres de cet organe législatif. Il y’a eu une plus grande féminisation, nous sommes 31 femmes sur 121 membres, ce qui n’est pas mal. On n’avait jamais vu ça à l’Assemblée nationale. Et au niveau de l’éducation, nous avons des gens beaucoup plus éduqués que peut-être ce qui y’avait avant. Pour vous donner un exemple, depuis que nous avons commencé à travailler, nous n’avons jamais eu besoin d’utiliser un interprète. Tout le monde peut lire le texte, tout le monde peut faire ses amendements, tout le monde peut donner son point de vue et tout se passe dans la langue officielle qui est le français.

Le travail avance comme il faut ; il se trouve que les deux représentants de la presse sont membres de la même commission et tous les documents qui nous sont soumis que ce soit pour avis ou pour travail de fond, on n’a pas pris de retard, on le fait convenablement.

Femmeplus.net : Depuis que vous êtes au CNT, quelle demande avez-vous formulée pour l’intérêt des journalistes ?

Ramata Diaouré : Merci pour cette question ! En ce qui concerne les journalistes, nos demandes sont en cours. Nous pouvons les classer en trois objectifs : la loi à laquelle les journalistes sont soumis aujourd’hui, il y’a l’arrestation, et même l’emprisonnement. Nous avons demandé depuis fort longtemps que l’emprisonnement des journalistes soit abrogé. Dans le texte, nous avons pris six articles auxquels nous voulons apporter des modifications pour la dépénalisation et que le journaliste puisse exercer son travail normalement. Je dis bien normalement, je ne parle pas d’autre chose. Mais dans l’exercice de son travail, que le journaliste ne puisse pas être emprisonné. Même s’il doit être puni que ça soit la suspension ou l’amende, ça c’est le premier point. Le deuxième, lorsqu’on veut donner l’information, il faut bien avoir l’information juste. Au Mali, l’accès à l’information, lorsqu’on veut aller recueillir l’information dans certains endroits, on te répond : « il faut que j’informe le directeur », « reviens plus tard », si c’est au téléphone le journaliste peut passer toute la journée sans obtenir de réponse. Pourtant, il existe un modèle de texte de l’union africaine sur l’accès à l’information. Nous voulons que le Mali l’adopte pour en faire une loi.

Une autre demande concerne les patrons de presse (directeur de radio, télévision, presse écrite), elle porte sur l’augmentation du montant de l’aide à la presse en accordant un taux du budget national, comme c’est le cas pour les partis politiques. Nous travaillons sur ces points qui ne sont pas les seuls. Il y’a des questions orales, des questions d’actualités des sessions pour le vote des lois. Chaque commission travaille également. Tout cela fait partie du travail de l’organe législatif. Nous échangeons sur les propositions de loi du gouvernement. Nous pouvons interpeller aussi, les ministres.

Moi-même j’ai deux questions en attente.

Femmeplus.net : quelles sont les lois (proposées ou votées) qui vous ont particulièrement marquées ?

Ramata Diaouré : depuis le premier jour où le premier ministre (Moctar Ouane) est venu présenter son programme devant le CNT, nous avons demandé son avis sur les modifications à apporter à la loi sur la presse. Il a exprimé son approbation. Le ministre de la Communication (Amadou Touré) a lui aussi donné son accord. Il n’y’a point besoin qu’eux-mêmes en fassent un projet de loi, nous membres du CNT, nous allons en faire une proposition de loi. C’est cet aspect que j’ai apprécié. Parce qu’ils ont montré que d’autres personnes partagent notre idée. D’autres membres du CNT approuvent nos propositions.

Femmeplus.net : une autre loi que vous avez approuvée ?

Ramata Diaouré : une autre loi qui a été votée et que j’ai appréciée, c’est l’article 39 sur les enseignants, les indemnités et les avancements dont ils doivent bénéficier. Ces enseignant n’ont pas observé les différentes grèves de l’UNTM, cela veut dire qu’ils étaient satisfaits. C’est la première loi que nous avons votée au CNT.

Femmeplus.net : quelle est la loi ou proposition de loi qui a suscité beaucoup de débat au sein du CNT ?

Ramata Diaouré : il y’a une loi qui a été votée et dont moi-même, j’étais contre. Le Mali empruntait une somme auprès d’une banque, cet argent était remis à l’OPAM pour exercer des activités. Et moi en tant que journaliste, j’ai remarqué depuis des années, le nom de l’OPAM figure dans des disparitions de fonds très souvent. Bon, nous voulons la sécurité alimentaire, nous voulons lutter contre l’insécurité alimentaire, nous avons un commissariat à la sécurité alimentaire. Mais pourquoi mélanger les différents genres ? Il y’a beaucoup de projet de sécurité alimentaire au Mali.

Mais donner de l’argent en espèce pour acheter des produits alimentaires à partager entre les gens, alors qu’on sait que les opérations de distribution de denrhées alimentaires, même pour le COVID 19, créent toujours des conflits. Des gens du même quartier se sont battus, on dit que certains ont revendu leur part au marché et les images ont circulé sur les réseaux sociaux. Donc, Il y’a des doutes. Ce genre de loi, c’est autoriser de prendre des prêts que nos enfants vont rembourser. Donc il faut faire attention.

Femmeplus.net : parlant de loi toujours, un membre du CNT a affirmé qu’à la demande de la France, le conseil a été votée une loi qui permet d’extrader des ressortissants maliens vers la France. Alors qu’à l’inverse, un Français ne peut pas être extradé vers le Mali. Confirmez-vous cette information ?

Ramata Diaouré : Vous m’excuserez ! Il s’agit d’un membre du CNT comme moi, je veux bien être solidaire des gens, mais je ne peux pas être solidaire dans le mensonge. C’est entièrement faux. Il y’a une convention, il y’avait un texte de loi qui a une convention de coopération judiciaire et d’extradition entre le Mali et la France. Principe de base dans tous les pays du monde : aucun Etat n’extrade ses propres ressortissants et ça ne fait pas partie du texte. J’ai le texte avec moi, je vais vous le montrer tout à l’heure, il n’y a jamais été question de ça. Et cette personne est en train de faire de la désinformation et c’est honteux de la part d’un membre du CNT.

Il y’a deux lois : il y’a une convention d’entraide judiciaire. Par exemple voyons le cas des nos confrères qui ont été tués à Kidal il y’a quelques années. La coopération et l’entraide judiciaire font que le procureur, le juge qui est en charge de ce dossier au Mali peut collaborer avec un juge qui viendrait de France et ils travailleront ensemble sur ce sujet puisqu’il s’agit de français qui sont morts au Mali. Bien sûr, l’enquête est malienne mais il y’a aussi une enquête là-bas en France, donc ils travaillent ensemble. C’est ce qui est prévu.

Maintenant, l’extradition des ressortissants ne concerne pas les Maliens qui sont au Mali, ce n’est pas vrai. C’est si la France poursuit un Français qui est caché au Mali ou bien qui est ici. Le Mali peut, à la lecture de son dossier, et même si le Mali veut refuser, il peut refuser. Il n’a jamais été dit que le Mali va envoyer des gens en France pour que les Français les enferment là-bas et que par contre, les Français peuvent venir ici et qu’on ne peut rien leur faire. Ca c’est entièrement faux. Je suis désolée, il faut le dire haut et fort. C’est un mensonge, c’est de l’affabulation, c’est carrément même de la désinformation.

Femmeplus.net : ce membre a aussi affirmé que cette loi a été voté par la majorité des conseillers.

Ramata Diaouré : Cette loi est passée, effectivement avec au moins 100 voix pour. Moi j’ai voté pour dans les deux cas, pour les deux textes parce que nous avons beaucoup de soucis avec les problèmes de banditisme, de djihadisme.

Quand il y’a eu l’occupation des régions du nord, on a vu des jeunes maliano-français qui étaient là-bas en train de jouer les juges. Mais beaucoup d’entre eux ont été renvoyés là-bas pourquoi ? Parce que même s’ils sont, peut-être, d’origine malienne, ils sont en train de demander des papiers maliens.

En tant que Français, ils viennent faire du terrorisme chez nous, le Mali a le droit de les expulser et la France a le droit de les juger. Donc on a eu ces cas-là.

Il y’a un deuxième problème, le trafic de drogue, on sait que c’est transfrontalier. Il faudrait bien qu’on puisse collaborer avec tous les pays. Nous avons une convention avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal, d’autres pays. Pourquoi ne pas avoir une convention avec la France, d’autant que le texte de collaboration judiciaire avec la France datait, le ministre qui a présenté le projet l’a dit, de l’époque du président Modibo Keïta. Donc, là où le président Modibo Keïta a eu à signer une convention avec la France, on ne peut pas dire que lui il n’était pas patriote. Je ne pense pas que lui, il allait donner les Maliens en pâture. Je pense que c’est quelqu’un qui est respecté et respectable par rapport à cette conviction-là.

Femmeplus.net : en tant que représentante de la presse malienne au sein du CNT, avez-vous consulté la Maison de la presse avant de voter pour ?

Ramata Diaouré : je ne le fais. Je suis avec mon collègue Dramane Aliou Traoré, nous avons été envoyés pour siéger ; au niveau du CNT le vote est personnel sauf si avez une procuration. Mais la Maison de la presse n’a pas donné de consigne. La Maison de la presse, quand on nous a envoyé siéger, nous a dit ce qui est important au niveau de la presse : dépénalisation des délits de presse, cette loi sur l’accès à l’information, et le fait d’indexer l’aide à la presse sur le point budgétaire. Et ça, c’est un travail que nous faisons, c’est ce qui nous a été donné comme mission en tant que membre des médias au niveau du CNT.

Mais pour le reste, la Maison de la presse, ni quelqu’un n’a jamais essayé de nous faire une pression de nous dire, il faut faire ci, il faut faire ça.

Femmeplus.net : Beaucoup de Maliens pensent que le CNT n’a pas fait bouger les choses depuis sa mise en place, qu’en pensez-vous ?

Ramata Diaouré : Les gens ont parfaitement le droit de le penser. Mais je pense qu’il faut recadrer un petit peu les choses. Nous sortons de plus d’une trentaine d’années de gros problèmes. Beaucoup de choses n’ont pas avancé. On pensait que ce que la démocratie allait nous amener, finalement ça ne nous l’a pas amené. Il y’a les conditions de vie des Maliens qui ne se sont pas vraiment amélioré, il y’a les phénomènes climatiques qui font que nous avons des problèmes alimentaires. Donc clairement, les Maliens ne sont pas contents.

Est-ce que vous pensez qu’en 18 mois, nous pouvons, comme avec une baguette magique, changer tout ce qui ne va pas ? Non ! Il y’a quelques priorités qui ont été définies et nous allons faire en sorte que ces priorités puissent être mises au devant de la scène, et qu’on prenne des textes par rapport à ça. Le reste, il reviendra à l’Assemblée nationale élue qui viendra après, d’avancer le reste des choses. Nous ne pouvons pas reformer tout le Mali à 18 mois, ce n’est pas vrai. Par contre, on peut poser les jalons.

Interview réalisée par Bintou Coulibaly

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